DÉPART DE MADININA

Le rêve s’arrête là, dans la foule de l’aérogare où je plonge comme dans le plus grand des déserts. L’Île aux Fleurs en surimpression 3D s’y évanouie et ses couleurs se figent sur les écrans silencieux. Je quitte presque le sol car je marche sur un miroir et lorsque je lève la tête, la surface d’en bas haut vacille, à fleur d’eau.

 

D’après un SMS de Wilfried P.

LES ROLLING STONES, CHÂTILLON, JUIN 2014

La lumière sous les platanes sur la petite place de la Mairie inonde les pierres. L’eau coule à la fontaine. C’est l’été avant l’été. Je suis assis en terrasse*. J’ai sans doute commandé un café. Peut-être un repas. La radio est branchée sur une station qui passe de la musique des années soixante-soixante-dix et entre autres les Rolling Stones. Plusieurs morceaux d’un même album (que je ne connais pas). Ce dont je me souviens c’est de la musique qui s’est appropriée tout l’espace et sans doute plus. C’est comme si elle avait été composée juste pour cet instant et pas seulement pour me permettre de le reconvoquer et de le ramener jusqu’à moi au hasard de la mémoire. C’est un moment parfait d’éternité ou peut-être tout simplement la mélodie du présent.

 

* Terrasse du Café de la Mairie à Châtillon-en-Diois (Drôme)

LES COULEURS DE MADININA

‌Le jour, sur l’Île aux Fleurs, mon âme navigue sur des couleurs d’aquarelles qui émanent des roches volcaniques du Nord ou émergent des terres chaudes du sud au abord de la Montagne du Vauclin. Elles inondent la nature luxuriante et se diffusent dans mes pensées et lorsque la nuit tombe, la pluie s’abat sur la terre endormie. Chacune regagne alors son abri, une part de moi sans doute avec elles.

 

Texte rédigé en collaboration avec Wilfried P.

LE COMPTEUR DE JONQUILLES

C’est le dernier jour de l’été. J’ai le cœur lourd comme un tombeau d’hirondelles car ce matin je quitte le soleil de mon pays, ses torrents lumineux et mes montagnes sous la lune.

La pluie se fera sans moi. L’automne enchantera les chanceux et le filet d’oxygène qui me retient à la ville comptera huit saisons de jonquilles. La neuvième sera la vingtième : à soixante deux ans j’aurai vingt ans.