LES JONQUILLES

La pelouse est verte
Seule avec elle-même dans son monologue intérieur.

Et soudain un matin elles sont là
Par milliers
Juste là
Pour toujours.
– Ça valait l’coup d’attendre.

De temps en temps l’une d’entre elles s’approche du bord du cadre et nous interpelle :
– Mais où étais-tu ? Moi j’étais là à t’attendre. Il faisait noir, il n’y avait personne. Ça a duré presque mille ans. Je savais que tu étais seul aussi. Je t’entendais le dire et le répéter. Et je n’étais pas la seule à t’entendre. Reste ici maintenant. Ne bouge pas. Ne sors pas du cadre.

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CIEL DU MATIN

Dans le ciel bleu gris passent les avions du petit matin. Les lignes roses-orangées qu’ils dessinent attestent que le soleil n’est pas bien loin et que le jour qui pointe est annoncé pour bientôt. La beauté de leurs sillages souligne mon optimisme. Tout paraît annoncer une belle journée. Qu’importe si dans quelques heures le chaos envahira de nouveau Paris… Pour l’heure les couleurs du ciel se vaporisent en nuances de cristal et je sais que là-haut les voyageurs qui entrent dans la lumière laissent Paris dans la nuit de leur souvenir.

NE M’OUBLIE PAS

[…] Dans un fossé du Parc de la Verrerie, quelques myosotis triomphent des ténèbres par l’innocence de leur bleu et leur enfantine soumission aux ordres contradictoires du vent. Ces petites fleurs ne semblent flotter sur aucune tige, comme un second ciel égaré parmi nous. […]

Christian Bobin Prisonnier au berceau. Édité chez Mercure de France en 2005

TU ES LÀ

Je sais que tu es là dans l’air qui caresse cette décapotable qui passe
Et dans ce goût de vanille caché dans mon café.

Je sais que tu es là dans l’eau du tourniquet qui part en marche arrière
Et dans l’esprit des brumes qui frôlent les statues.

Je sais que tu es là
Et que le monde froid,
Avant, pendant et après la pluie,
N’est pas ce désert que l’on croit,
N’est plus ce désert que l’on dit.